Plongée en Thaïlande : une saison exceptionnelle en 2020

Cette saison, c’est une des meilleures saisons en terme de fréquences de rencontres avec les pélagiques depuis 1997.

On voit de tout. Requins baleines, raies mantas, raies guitares, requins léopards… ils sont tous à la fête dans nos eaux cette saison, et les rencontres se font quasiment tous les jours.

  • Mais comment cela se fait-il ?

Il existe dans l’Océan Indien quelque chose de comparable à El Niño, provoquant une inversion des grands courants océaniques. Généralement, à l’est de l’Océan Indien – du côté de la Thaïlande – les eaux sont plus chaudes qu’à l’ouest (Afrique de l’Est, Madagascar…). Ces masses d’eau chaude s’évaporent et dès le mois de février, provoquent des orages sur les terres par la mécanique des courants d’air thermiques ascendants.

Cependant, cette année, l’inverse s’est produit : on retrouve du côté de l’Asie du Sud-Est une eau bien plus fraîche par rapport à la moyenne. En effet, on peut observer cette saison une perte de température de 5 degrés (nous avons rencontré en plongée au plus bas 23-24 degrés, alors que la moyenne se situe entre 28 et 30 degrés).

Surnommées le « Monstre Vert« , ces masses d’eaux fraîches mélangées aux eaux côtières plus tièdes et chargées en micro-organismes ont engendré un boom planctonique de grande échelle, attirant donc en masse raies mantas et requins baleines.
Ce courant froid chargé en plancton et d’une turpitude aux couleurs verdâtres, se rencontre jusqu’à plusieurs fois par jour à chaque inversion de marée et plus spécialement dans les pics aux périodes de pleine et nouvelle lune, où les coefficients de marée sont les plus importants.

Underwater view with school fish in ocean. Sea life in transparent water

Depuis 2010, nous avions déjà remarqué que la température de l’eau augmentait légèrement d’année en année, et au même moment, nous observions une baisse drastique des rencontres avec les requins léopards.
Pourtant, à l’un des meilleurs endroits au monde pour leur observation, il fallait se rendre à l’évidence : ils avaient brusquement disparus.

Étaient-ils… Victimes d’un empoisonnement venu du large ? (Le canal de Malacca n’est pas loin et constitue la route maritime principale des cargos reliant l’Asie à l’Europe) ? Victimes d’une surpêche ? Nous restions donc sans réponse confirmée jusqu’alors…

Et puis, contre toute attente, alors que la température de l’eau est bien plus fraîche et inférieure à la normale en cette saison, les rencontres avec les requins léopards sont de nouveau possibles !
Ces espèces semblaient donc être parties plus profond et plus au large, pour se mettre à l’abri des eaux côtières devenues trop chaudes ces dernières années.
Ainsi, grâce au « Monstre Vert », ce courant froid, ces magnifiques animaux marins se sont rapprochés de la côte pour  retrouver une eau plus tempérée, correspondant à leurs conditions de vie et métabolisme… Pour le plus grand bonheur des plongeurs !

Zebra shark portrait on deep blue ocean

L’action du « Monstre Vert » n’a pas seulement des conséquences sur le milieu marin. Il influe également sur la météo, l’humidité et la saison des pluies. Les masses d’eau situées à l’est de l’Ocean Indien, généralement chaudes, sont la base d’une évaporation importante.
Par le jeu des courants d’air thermiques, les vents amènent vers la terre un air humide, ce qui provoque l’inversion des températures journalières, entre la terre et la mer, qui se condensent alors pour provoquer des orages.

Cette année, les masses d’eau étant froides, l’évaporation en est considérablement modifiée à la baisse, et les premiers prémices d’orages apparaissent avec déjà plusieurs mois de décalage. On assiste alors à un début de la saison des pluies en avril, alors que normalement, il y a encore un grand ciel bleu la plus grande partie de la journée.

Mais où sont donc parties les masses d’eau chaude que nous avons généralement dans notre Mer Andaman ? Et comment les grands courants marins se sont inversés les uns par rapport aux autres ?
Nous n’en savons encore rien. Ces masses d’eau pourraient être au milieu de l’Ocean Indien ? Ou elles pourraient se déplacer vert l’ouest ? Cette dernière hypothèse laisserait alors présager des évènements climatologiques forts du côté de l’Afrique de l’Est… Affaire à suivre !

Et vous, qu’en pensez-vous ? Si vous avez des éléments de réponse, n’hésitez pas à nous les communiquer en commentaire !

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